A chaque respiration il meurt

L’enfant est éternel
L’enfant n’aime pas les autres
A chaque respiration il meurt
Il tue le temps
ll respire fort
Il meurt fort
L’enfant n’a pas le moindre souvenir
L’enfant oublie son histoire
Il imite les voix, il hante le texte
Il ne sait rien de lui-même
C’est absolument terrible
Le vivant est coupable
On s’est bien amusés
Toi tu dors

Les personnes communes

Si il meurt
il remonte à la surface les personnes communes
les personnes communes et les personnes très communes
les personnes communes très communes
elles sont très petites
elles sont non identifiées
immédiatement les personnes communes
les personnes communes et les personnes très communes
les personnes communes très communes
nous les présentons
on met le paquet
il faut les protéger
on leur passe la housse
ça va mieux
c’est plus merveilleux comme ça
les personnes communes ont du sucre là au-dessus
les très communes ont du sucre par en-dessous
les personnes communes très communes ont le sucre par dessus dessous
Tout va bien mais
le problème est à la tête
la tête a deux cerveaux
la tête des personnes communes a deux cerveaux
la tête des personnes communes et des personnes très communes a deux cerveaux
la tête des personnes communes très communes a deux cerveaux
deux cerveaux ce n’est pas beaucoup plus qu’un seul
et pas beaucoup plus que rien du tout
ils s’accouplent ils sont cohérents ils sont mariés il n’y a rien à scier
Les personnes communes remontent à la surface
Les personnes communes et les personnes très communes remontent à la surface
Les personnes communes très communes remontent à la surface
Leurs deux cerveaux disent un mot
cohérence
la cohérence est une réalité alternée
la cohérence est une réalité altérée
la cohérence est une folie sèche
la cohérence ne conduit nulle part
elle n’arrive pas à fermer le coffre de la voiture
Au creux de la tête bien à l’ombre
les personnes communes remontent à la surface
les personnes communes et les personnes très communes remontent à la surface
les personnes communes très communes remontent à la surface
on ne peut rien faire et on ne fait rien de plus que ce que l’on fait déjà
les personnes communes ne savent pas dire merci
les personnes communes et les personnes très communes ne savent pas dire merci
les personnes communes très communes ne savent pas dire merci
elles font pipi dans l’eau
leurs constructions sont trop nombreuses et sans verdure
Il aimerait être tranquille
C’est pour ça qu’il reste vivant

Histoire de l’homme montagne

Depuis le temps qu’il tourne sa fraise, il se fait de l’homme une montagne
Ça lui suffit pas de vivre, il faut qu’il se fasse du corps
Première tentative de remplissage
On le remplit on le gave lourd et mou
A la poudre de viande
La vie est pleine
Il accumule la masse de vie
Deuxième tentative de remplissage
Histoire de l’homme montagne
Perché sur une petite fourchette perché coincé sur une petite fourchette par le cul
Bascule avant arrière
Fourchette le nourrit
Nourrir sans alourdir la devise de nos montagnes
Lui homme montagne très proche de la nature
Troisième tentative de remplissage
Venu de soi, dans les bras de la mère
La viande séchée est moins lourde
La masse de vie est le temps perdu
La gonflette est le temps perdu
Le sac se déshabille en déchiré transparent
Quatrième tentative de remplissage
Le monde merveilleux se peuple à l’intérieur du corps
L’homme montagne a toujours une fourchette au cul
La vie le prend à la poitrine, elle l’écrase, il bascule
Elle lui fait mal
Il vocifère

Le test d’applaudissement

Devant le bureau ils s’embrassent
Ils travaillent par là ils s’embrassent
On fait un test d’applaudissement
Le corps préférable est une bonne chose
Le corps reçoit le compliment
C’est bien gentil tout ça
On aimerait savoir comment il sonne
Bien instrumenté il est bien seul
Il sait comment ça se passe
Si rien ne sonne
Il fait sa salade
Il se prolonge d’un espace
Il dort trop bien
Il trie ses vêtements
De nouveau il fleurit
C’est parti pour le test d’applaudissement
La salle de bain est prise et le miroir est sale
Toi, tu dors

Les erreurs

Le peu de docilité des personnages fait commettre beaucoup d’erreurs
Un personnage de soixante-quatre kilos chie en moyenne dix-neuf mots à la minute
Il suffit de l’examiner et le nombre de mots double triple
Il est impossible d’en tirer des conclusions
On ne peut garder les personnages le temps qu’il faudrait
Le nombre des mots diminue à mesure que la guérison approche
C’est un signe de retour à la santé mais de combien
Si le nombre se maintenait on serait en droit de considérer
la convalescence comme terminée
mais c’est sans compter les cérémonies d’inauguration

Girafe

Il invente l’objet de son amour
Il est trop simple
Il y a trop de ressemblance
Il l’a déjà vu
Les pieds sont trop rapprochés
Il démembre l’objet de son amour
On ne va pas garder une girafe que l’on est déjà
Il démembre l’objet de son amour
Ça lui fait du bien
C’est un plaisir
L’identique nuit à l’espèce
La mort de la girafe est un exercice de volonté
La mort de la girafe est un exercice reproductible
La mort de la girafe est reproduite à l’infini
La mort de la girafe est un exercice de volonté
La mort de la girafe est un exercice reproductible
La mort de la girafe est reproduite à l’infini
La mort de la girafe est reproduite à l’infini
La mort de la girafe est reproduite à l’infini
La mort de la girafe est reproduite à l’infini
La mort de la girafe est reproduite à l’infini
La mort de la girafe est reproduite à l’infini
La mort de la girafe est reproduite à l’infini
La mort de la girafe est reproduite à l’infini
Toi, tu dors
Vous me faites tous souffrir

La grotte

Dans une grotte elle est dans une grotte
C’est là qu’elle le voit il lui dit non
Tu ne me vois pas je suis parti je suis ailleurs
Ne dis rien va-t’en
Les cailloux ont une couleur sans politesse
Alors elle s’en va loin elle prend un bateau
Elle continue un peu au hasard trouve-moi quelque chose de pas mal
De pas si mal
Ses paroles ouvrent et inventent sa bouche
Elle s’arrête elle reste longtemps
Elle reste longtemps elle n’attend plus rien
Elle reste encore plus longtemps les repas refroidissent
Puis un jour elle finit
C’est fini tout le monde arrive et constate
C’est fini c’est là qu’elle était alors
Ils viennent de plus en plus nombreux et ça leur fait plaisir de venir
Ils pensent qu’ils sont là avec elle
Ça compte beaucoup pour eux pour elle je ne sais pas elle ne m’a rien dit

Huit cent trois

Nous n’avançons pas sans la bonne raison
La bonne raison est de la taille d’une amande
Elle garde le corps à l’équilibre
Si on compte les corps on en trouve très exactement huit cent
Plus trois qui font huit cent trois
Les corps forment une cohorte elle avance dans la vie
Elle dit merci la vie elle dit des paroles agréables
C’est bonne journée à tous
Environ une minute après survient l’épuisement
La cohorte mâchouille de la bouche
Prend l’avantage sur la détresse
Et le merveilleux se trompe
C’est une histoire d’habitude et de protocole
Puisqu’on ne peut rien changer à la production
La performance doit être fictive
Peu importe que la cohorte défaille
On lui fait croire que le problème est mal posé
Tout dépend ce que l’on croit
Si on recomptait les corps on ne saurait plus combien
Il y en a encore exactement en tout cas en volume
Les corps se confrontent à la durée qui est mise en garde
Car on ne peut pas vraiment anticiper ce qu’il advient
Pour ce qui fatalement est une question de vie ou de mort

Le pays le plus grand le plus juste

Si je suis élevé par une institutrice j’apprends à lire à quoi ça sert le terrain est compliqué elle me montre un pays du doigt j’ai du mal à déchiffrer les lettres tu vois là est le pays le plus grand le plus juste qui ait existé sur la terre elle disparait et le pays avec elle j’admire son courage transition déguisement perception inconnue ce pays le plus grand le plus juste que la terre ait porté je n’en garde plus la mémoire as-tu la clé je n’ai pas les clés.