L’atelier par force brute

A chacun de mes voyages, j’enregistre le son des tempêtes et des orages, je prends le micro et je capte le tollé inimaginable de l’eau et du vent. J’écoute à mon retour leurs tourbillons dans la chambre vide.  Un écho de ce que je suis, une prise d’air, une ampleur insupportable. Le sang terrible cogne les murs et je m’effondre, rien ne me retient plus.  J’entre dans ma saison des ouragans.

Une certaine aisance

Lorsque l’on est pressé de rejoindre la gare, et que l’on double le pas rue Henri Barbusse, cette rue de pacifiste d’un autre temps, on ne prête pas attention aux gens que l’on dépasse sur le trottoir, que l’on regarde à seule fin de mieux les éviter. Cette fois pourtant, pour la première fois, un homme m’emboite le pas, il ne me suit pas, ce qui ne serait pas si inquiétant, non, étonnamment, au moment d’être dépassé, il règle sa marche sur la mienne et nous voilà côte à côte, à avancer ensemble, comme deux ne faisant qu’un. Il commence à me parler, me félicite de mon beau pas. Il est grand, noir, beau avec chapeau et lunettes fines. Il aurait l’âge de mon père. Je me surprends à accorder ma marche à la sienne, à prendre garde à son rythme à lui aussi, je ne dois plus accélérer, je ne peux pas, il m’a parlé, nous sommes en conversation et je ne dois plus lui échapper. Si je ralentissais, je le trahirais aussi car son pas est mon pas. C’est étrange, je ne le connais pas, et je suis désormais privé d’être seul, j’ai trouvé mon ombre en quelque sorte, moi qui pensais pouvoir m’accommoder d’être unique, me voilà deux, et privé de moi-même.

Départs dans l’affection et le sang neufs

Transeo, du photographe Paul Hennebelle, se présente comme le journal très personnel d’un déraciné. « Les déménagements successifs de mon enfance ont effacé toute attache que je pouvais avoir avec le territoire. Etre de partout, c’est aussi être de nulle part. Transeo, c’est transiter d’un lieu à un autre. » Imprimées à l’encre risographique, les images de […]

via Départs dans l’affection et le sang neufs, par Paul Hennebelle, photographe — Le blog de Fabien Ribery