En avoir trop dit

Tu es ce musicien chargé de sortir les rats hors des villes. Eux seuls sensibles à ta musique, homme de basses oeuvres. Ton air indiffère les âmes sensibles, ces professionnelles. Je ne comprends rien dit la maîtresse d’école qui tourne les pages. Et tes images ne te sauveront pas. Leurs yeux ne les voient pas. Tu n’as pas le coeur à te venger comme dans un conte, tu n’es pas homme à arracher les uns aux autres. Tu t’en vas.

Boucle d’or

As-tu lu Boucle d’or ? Cet enfant qui entre dans une maison qui n’est pas la sienne et qui trouve à son goût les objets du bonheur, il remplacerait l’enfant aimé, ce serait sa maison, il ne résistera pas à la tentation, il le désire si fort, ce bonheur. Attention, tu le sais bien, elle est dangereuse cette histoire, elle peut mal finir, les ours dévorent l’intrus. De quel droit es-tu là ?

C’est que l’enfant devait bien en avoir une, de famille, de maison, le bonheur, je me souviens, c’était une maison blanche au salon de marbre, une allée d’arbres en espalier, un grand cerisier et un potager travaillé à la pomme de terre. Sa maison, enfant, si on la quitte, on passe longtemps après tout au long des jardins, à revivre la tentation de Boucle d’Or.

Je reviens donc aux portes des maisons rêvées. Personne. Des ombres du bonheur. Je connais le danger du pas chez moi, je reste à distance de regard, abandonné à mon rêve passé. Rêve encore. Tu as grandi. Tout est là, il y a des briques posées en tas, une tour déséquilibrée et fragile, des images, une maison jamais construite, jamais finie. Ne pas avoir su préserver le cadre de la famille, ne pas savoir, ne pas vouloir cultiver les lieux. On n’invente pas le bonheur. Culpabilité.

La bande annonce d’une série américaine. Un dialogue. Une famille de narcotrafiquants, peut-être du blanchiment d’argent sale. Et une question de la fille à son père. Et toi, qu’as-tu fait pour notre famille ?