La leçon

C’est lui qui conduit. Les familles restent. La maladie avance par petits bouts. Raison impérieuse. On écoute, c’est un extrait, il ne dure pas, les malades ne durent pas (discours).

Tous malades un petit peu respirer la leçon. Beaucoup sont présents. Les malades sous surveillance renforcée. Les malades applaudissent. Les malades saturent. Les malades ne disent plus rien. Ils n’ont pas plus d’une demi-heure, plus beaucoup de temps, le temps, leur souffle, pénurie (fiche).

Un petit peu
Plus sévère
Beaucoup plus sévère
Hausser le ton
Au mépris du respect
Comportement irresponsable (leçon).

Vous ne savez pas lire ? Vous n’avez pas de bouche ? Arrêtez la tête et les doigts ! Coupez le souffle ! (harangue)

Les malades étouffent nous sommes tous malades nous étouffons les cheveux poussent étouffez les non-essentiels, la porte la porte ferme la porte maintenant c’est dans l’air, il y aura un avant et un après on ne sait pas dire quand. Je sors brièvement moutarde biscuits lait beurre filtres croûtons compote pâte à tarte yaourts essuie-tout. Non-essentiels, restez chez vous. Comment on continue les choses personne ne se pose la question. On n’a jamais rien vu dans une maison. Les cheveux poussent et les forêts sont fermées. On a tous un rôle à jouer, merci pour les bons gestes. Tout pour se faire remarquer comment je mets mon manteau comment je respire une demi-heure dire, penser autre chose, ça ne sert à rien, ça ne sert à rien il parait de porter un masque. Leçon. Encore leçon. Leçon. Malades, irresponsables, désinvolture, légèreté irresponsable. Une demi-heure, plus qu’une demi-heure, ce n’est pas très long une demi-heure, mesures de précaution, toute forme de rassemblement, consignes beaucoup plus sévères, malades, encore malades, toujours malades. Les malades se durcissent, faites un petit peu de demi-heures en plus, s’il vous plaît, on réclame encore un peu de demi-heures. (journaux)

Son oiseau changeait sa vie
Il ne méritait pas cette fin, et de cette façon (épitaphe).

Je deviens

On enferme mon corps, il ne peut supporter les villes de plus en plus petites, le contact.
Je vis la calamité simplement.
J’ai toujours été prisonnier, je ne le savais pas.
Il n’y a pas grand chose à la vie, une fleur sur ma poitrine, c’est tout.
Je n’ai rien à dire de cette vie-là, elle est un comme tout le monde, tout le monde tremble de vie nulle, non advenue chaque jour, advenue et puis suspendue, comme tout le monde j’aime les petits légumes à domicile.
Désertion, il y a. L’impression de remplir une fiche. Mise au rebut, ce que la vie a d’inutile. Elle s’attend au pire, ce qui est, ce qui doit être.
Je ne respire plus, personne ne remarque le souffle coupé.

Les idioties

A cet instant, je m’imagine écrire un sandwich au poulet.
La poésie est un sandwich au poulet.
Il est midi. Nous sommes un mardi de janvier.

Déjà, j’avais pressé la serveuse de la boulangerie. « Dépêche-toi, vendeuse, nous sommes fendus. »
Elle m’a rendu la monnaie sur le ticket restaurant.
On n’écrit jamais aussi bien que sur les idioties.

Le sandwich tombe par terre, malchance, pour une fois qu’il était au poulet.
Il est tombé par terre parce que j’écris trop vite.
Haro sur les disséminés, illusion du sandwich considéré comme un tout.

Je vais vite oublier ce sandwich, que je m’imagine avoir écrit.
Celui qui me fait de la peine, c’est le poulet, mort pour rien.
Je suis maladroit, le trottoir est sale.

Je ne sais rien du cheminement du poulet, ce qu’il a vu, ce qu’il a vécu, comme il est passé de l’élevage à l’abattoir, de l’abattoir au sandwich.
Je ne saurai rien jamais du goût du sandwich, rien de celui du poulet.

Je m’imagine à la place du poulet. Je pourrais écrire quelque chose comme « je reprendrais bien un peu de temps ».
On ne sait rien du rêve des poulets. Peut-être le poulet avait-il des rêves.
Il n’a pas compris sa vie, il n’est pas le seul, ce n’est pas une question d’intelligence, moi non plus je ne la comprends pas.
J’écris : « les êtres ne disparaissent pas, ils vont quelque part garnir le sandwich de celui qui les mange ».

Moi, l’écriture me laisse sur ma faim, toujours quelque chose tombe à côté, de toute façon, ça ne nourrit pas, et je n’ai plus d’argent pour aller à la boulangerie, qui, je m’en souviens maintenant, est toujours fermée le mardi.

Quand les forces magiques viendront-elles à moi ?