La liste en C.

Ce qui m’inquiéterait
Le Téléthon financerait des opérations cruelles sur les chiens qui geignent et aboient.
Chez la voisine des cavaliers débouleraient dans la cour.
Les policiers iraient franchement dans le tas, ça ferait réfléchir les suivants.
Le @realDonaldtTump aurait des mots historiques.
Les militaires ouvriraient le feu, alors on serait morts.

Ce qui m’inquiéterait
La première fois que le Monde prononcerait le mot « Patrick Balkany ».
Le Ballon d’Or échapperait encore aux Africains.
Le retour d’Etienne Daho aux Transmusicales serait contrarié.
A cinquante ans, il serait encore temps d’épargner.

Ce qui m’inquiéterait
Les oiseaux rétréciraient, déjà qu’ils ne pèsent pas lourd.
Une partie des Alpes serait en train de s’effondrer.
On croiserait l’été avec l’hiver.
J’aurais le nez bouché, et je ne pourrais plus parler.

Ce qui m’inquiéterait
La dentelle de Calais n’aurait même pas une dernière chance.
Et moi aussi j’aurais laissé passer ma chance.
Je tiendrais, et puis je finirais par lâcher la barre.
Les services maritimes de la société Bourbon ne seraient pas sauvés.

Ce qui m’inquiéterait
Le restaurant japonais serait fermé.
Ou alors il n’y aurait plus de menu H6, celui mixte, poisson cru et brochettes de viandes.
Mes enfants se moqueraient de moi et diraient
Tu ne sais plus pêcher, tu ne sais plus chasser.

Ce qui m’inquiéterait, je ne sais pas si c’est beaucoup ou un peu
Une proposition de loi encadrerait les activités de plein air.
La direction régionale autoriserait une reprise partielle des activités Lubrizol.
Rien n’aurait vraiment changé sur Chatroulette.
On refuserait de mentionner le mode d’élevage pour les produits contenants des œufs.
Les bleues seraient éliminées, à huit mois des jeux olympiques,
Il n’y aurait plus rien à faire.

Ce qui m’inquiéterait
Intégrer l’éthique dans les algorithmes soulèverait des défis titanesques.
Je serais chargé moi, de défis titanesques, puis je n’y arriverais pas.
Je me trouverais au Mexique, entre deux murs, après douze pays traversés.
La folie de ma mère me fascinerait, elle mourrait dans mes bras.
Tout finirait par advenir, mais avec retard.

Ce qui m’inquiéterait
On n’imaginerait pas l’ampleur de la répression en Algérie.
Saint-Nazaire souffrirait d’une surmortalité inquiétante.
La préfecture fermerait les plateaux sauvages.
Et je moi, je ne saurais pas où tout cela est, je ne saurais pas m’opposer.

Ce qui m’inquiéterait
Le centre de dons du corps de l’université Paris-Descartes serait fermé,
Et je ne saurais plus quoi faire de mon corps,
Et ça, cela m’inquiéterait vraiment, je crois, si cela arrivait.

Plein/vide

Il y a les mots igname et il y aurait les mots bouteille. Les mots igname, ce sont des mots toujours pleins, il y a toujours quelque chose à manger dans un mot igname, même si ce n’est pas bon, au moins, cela tient au ventre. Les mots bouteille, eux, ce seraient des mots intermittents, tantôt vides, tantôt pleins, tantôt tristes parce que vides, tantôt des mots d’espérance à l’idée qu’il y a encore du possible à se remplir. En ce sens, les mots igname et les mots bouteille se complètent, il y a les mots qui donnent soif et les mots qui donnent à boire.

Comme je te l’ai dit, on peut encore remplir un mot bouteille, avec un mot igname ce n’est pas possible, il est déjà plein, il est toujours plein, à moins qu’on ne creuse à l’intérieur. Je te déconseille de creuser les mots bouteille, d’abord, parce qu’ils ont assez de vide à l’intérieur d’eux-mêmes comme ça, et puis, c’est vite arrivé de casser un mot bouteille, peut-être que tu trouverais ça bien que le mot bouteille éclate en plusieurs pièces, mais, moi, je ne crois pas qu’on ait le droit de leur faire ça aux mots. Le mot bouteille n’a rien à voir avec le mot puzzle, ce n’est pas parce qu’il est tantôt vide tantôt plein que ce n’est pas un mot entier, sinon je crois qu’il n’existerait plus. Le mot bouteille, il est peut-être un peu transparent pour toi, mais là, au moins, je sais que je l’ai vu, alors que le mot igname, il faudra attendre demain, on ira ensemble au marché en acheter un, si tu veux.

L'art du sample

Hop sans les mains l’éveil infini.
Les travaux démarrent, magnanime
Est le grand cas de rien.

Je ne sais pas si raison
Loupe livraison ou
Si des paragraphes augurent

Quelque part des empreintes (×2)
Installent le froid continu
Les yeux vierges à hauteur.

Chevauchant les images
La liseuse
Me tient dans ses mains.

Réchauffe moi liseuse au moins, c’est promis
Je n’écrirai plus rien.

Hillaryland

1984 a été, c’est certain. Le mot sexe apparaît 548 fois.
Mon papa parle au téléphone, boit du café et fait des discours.
Qui donnera cette femme ? Je suis avant tout une prisonnière de l’Etat.

Et puis on va dans les villages. L’Angleterre peut être grise et mouillée, le thé servi dans des théières tout à fait ordinaires.

Le voyage devait durer quatre jours et Dorothy… Les femmes étaient rares. Avons acheté une marmite plus grande. Avons assisté à un spectacle, une plume blanche tombée du ciel. J’avais tant espéré, la femme que j’étais le jour, plus d’idées que je n’avais la place, je me suis blessée à l’œil.

Je suis prête. J’ai écouté sonner le Taps. Pleure bébé.
Il est écrit que nous allons tous mourir.

C’est fini, ne t’inquiète pas, tout va bien, je t’aime.

Une des premières choses que je remarquai chez Bill, ce fut la forme de ses mains.

Variations

Le mot milieu ne suffit pas. C’est la peau qu’il me faut. Comment dis-tu le « aimez moi » ? Mon nom est dans tes livres. Écoute ça, l’une des plus belles rumbas du moment, dérèglements aimés.

Une courte apparition, les mains se mettent à saigner. Jamais assez de souffrance dans les mots. Le mot milieu ne saigne pas et moi je voudrais bien que les mots saignent, vous en auriez partout dans mes livres. Mes contenus ne respectent pas les standards de la communauté.

Parmi les mots douteux, je recense prier, c’est un verbe qui se prend un peu trop pour acquiescer, je trouve. Prier qui ? Prier le mur ? Et puis tant qu’on y serait, on y rajouterait du dieu là-dedans, le mot dieu, prié comme si c’était lui, comme si je pouvais les confondre tous les deux, dieu et son mot, dieu et le mot. Je n’ai jamais pu m’habituer à ma mort, je ne vois pas pourquoi ça changerait.

Les mots murmurant dans les armoires je voudrais les délivrer. Je voudrais les prendre et les soulever. Qu’ils se soulèvent, les mots à ne rien faire.

Inauguration

Toutes les règles qu’il faut apprendre pour marcher. La méthode. L’équilibre. On n’y arrivera jamais. Je ne serai pas capable de décrire ma construction. Il y aurait un chemin dans la montagne. Ce serait le fruit de la négligence, et donc de l’étude.