Il me semble qu’il y avait le mot plage

Figurant, tête rase de bagnard,
Animal empaillé,
En mots qui est-tu ?
Il me semble qu’il y avait le mot plage,
Il me semble que tu étais le mot plage,
Etoffe plissée, qui ondule en paroi concave,
Un rose sur le motif vert,
Quelque part, mais où ?
Morts pendant la guerre,
Enterrés en Suisse,
Les mots tournent,
Il me semble
Qu’il y avait une brèche.

Une certaine aisance

Lorsque l’on est pressé de rejoindre la gare, et que l’on double le pas rue Henri Barbusse, cette rue de pacifiste d’un autre temps, on ne prête pas attention aux gens que l’on dépasse sur le trottoir, que l’on regarde à seule fin de mieux les éviter. Cette fois pourtant, pour la première fois, un homme m’emboite le pas, il ne me suit pas, ce qui ne serait pas si inquiétant, non, étonnamment, au moment d’être dépassé, il règle sa marche sur la mienne et nous voilà côte à côte, à avancer ensemble, comme deux ne faisant qu’un. Il commence à me parler, me félicite de mon beau pas. Il est grand, noir, beau avec chapeau et lunettes fines. Il aurait l’âge de mon père. Je me surprends à accorder ma marche à la sienne, à prendre garde à son rythme à lui aussi, je ne dois plus accélérer, je ne peux pas, il m’a parlé, nous sommes en conversation et je ne dois plus lui échapper. Si je ralentissais, je le trahirais aussi car son pas est mon pas. C’est étrange, je ne le connais pas, et je suis désormais privé d’être seul, j’ai trouvé mon ombre en quelque sorte, moi qui pensais pouvoir m’accommoder d’être unique, me voilà deux, et privé de moi-même.

Un flash

Pourquoi je n’aime pas ma photographie en cuisinier celle en blanc sage la photo de carnaval je suis si beau la couleur n’est pas la mienne elle m’efface elle m’a effacé depuis mes six ans je voudrais réapparaître peu importe la couleur je peux, dis?

Mon premier G7

Au bout de vingt minutes, l’entretien s’est achevé. Il s’est levé et, sans me regarder, sans se tourner vers moi, il m’a tendu la main. Voulait-il me provoquer en m’ignorant ostensiblement devant les caméras du monde entier ? Fallait-il oser l’incident diplomatique, enfin ? Très vite, l’assistance s’est impatientée. Va-t-il prendre la main, oui ou non ? Je n’ai pu résister à la pression internationale. J’ai remis ma main dans la paume ouverte, il l’a enveloppée toute entière, et a serré. Je me suis senti comme un homme privé de liberté, son regard fixait le monde et moi, j’avais l’air inquiet, à chercher ma main, enfouie dans sa poigne. L’étreinte n’a pas duré longtemps, mais pour les photographes, pour la postérité, j’avais la pose du captif pris dans les chaines. C’était mes premiers pas, il fallait encore que j’apprenne, je ferai mieux la prochaine fois.