Une autobiographie

Il ne peut pas écrire ce qui se passe par la tête rien ne passe il passe en courant il aime une phrase en passant le patron des chasseurs tue le chat je l’ai laissé partir elle brille fort la phrase c’est la vérité dans la beauté vraie il se retrouve sur les trottoirs il traverse j’ai 11 ans plus longtemps je fais une boite elle est vide voilà pourquoi je me retrouve à la rue je ne voyais pas comment la remplir la décorer je la fuis par le mouvement je fais le trottoir je ne sais pas que créer c’est fabriquer une boite vide tout le monde l’a déjà fait il n’y a pas de loi il enlève sa veste poursuivi par la pluie puis il dort c’est un autre jour, là il s’en trouve comme ils disent il se retrouve il imagine retourner à l’insouciance il se produit il se produit rien, rien d’autre que le monde merveilleux le monde merveilleux  le monde merveilleux le monde merveilleux elle dort toujours le nettoyage se passe bien,  à un moment même il a parlé, une énorme surprise une bombe de colère.

Unventaire

Tout ce temps j’appelle la blessure, le sang de mon mal, j’appelle le silence, j’appelle désobéir, j’appelle le chien, j’appelle ton corps contre moi, je l’appelle amour quotidien, j’appelle comment tu t’appelles, je m’appelle, je m’appelle je ne sais plus, je m’appelle peur, j’appelle peur le corps nu, le bois de fosse, j’appelle bois ce qui me blesse, j’appelle mort le carton, la double-housse, l’absence de baiser sur le cercueil, les coupes illégales, je m’appelle jus de viande, jus de viande aussi, je m’appelle surveillant, surveillant rouge, surveillant noir je m’appelle, appelle-le qu’il vienne, mais comment déjà s’appelle-t-il, ce ne serait pas, comment dire, un corps, je l’appelle à se taire, taiseux il s’appelle, neige sur la terre, je l’appelle aberration, certificat, strict mouvement, sous surveillance, nuit, je me rappelle quand j’étais petit, je m’appelais saint, failli saint, j’appelle poètes les jetés dans les fleuves, ceux des asiles, morts en promenade dans la neige, j’appelle un chat un chat, c’est dommage, j’appelle un homme slip français, une homme un poil, j’appelle un homme pour un homme, j’appelle un homme pour un autre, j’appelle le  mur autre, l’oiseau un cri, j’appelle  un verbe d’action, j’appelle effet indésirable elle et lui, le coussin sur lequel s’écrase mon visage est une prière, je t’appelle, je suis étouffé, arrête de boire, j’en appelle à la raison, je l’appelle sens des responsabilités, j’appelle peur petite peur ou grande peur, j’appelle peur le chez soi, je m’appelle l’autoportrait nu, je m’appelle quelqu’un comme lui je m’appelle le fort et solide, tout le monde appelle la joie joie et alors Patricia cramée comme tu l’appelles j’appelle à trouver le vrai meurtrier, le sale morne, toute infraction a un coût, je m’appelle l’inconscient le pas le pas assez la femelle la salope le très très grave l’incertaine le diffus le haha le va t’en je ne t’aime plus je m’appelle ma première nécessité tout le monde parle en même temps un sifflement, je m’appelle dans tous les cas, avec toute personne, et je pleure dans un mouchoir à usage unique.

Une action

Une action
Ce qui efface la structure
Ce qui choque, apparu au plus près de l’oreille
Ce qui dessine un trait, puis un autre
Prendre la mesure, et tout faire
Des fois, on prend et on lâche
Une expérience, je suis projeté dans une situation
Une situation comme un ensemble de mots
Ces mots c’est moi en situation
Je suis une action, par l’expérience de la situation je m’en vais
Un peu plus loin
Attendre le nouveau
Le nouveau a été pillé depuis longtemps
Je comprends pourquoi alors
L’action reste stérile de ce que les mots ne disent pas,
Et il faudrait en trouver d’autres
Car ils se répètent, et l’action se répète
Il faudra dire ce que je crois.

Sous prétexte aucun

Tous droits réservés Vincent Es-Sadeq

Sous prétexte aucun ne rester ici
Le minimum
Pas
Pas trop
Pas de vacances
Vu les circonstances le minimum se satisfait
Pas
Pas trop, pas de vacances
Antichambre
Vide maximal applaudit son vis-à-vis
Aucune cigarette
Plus de cigarette
Vide
Vu les circonstances
Sous prétexte aucun ne rester ici
Pas
Pas trop
Aucun
Vide

LSD

Quelques phrases dites en fin de reportage.

INTERVIEW

Un monde en plastique – le triomphe du jetable – une série documentaire d’Alain Lewkowicz, réalisée par Somany Na

Ce soir, je ne suis pas un personnage. Il y a des soirs comme ça. On se sent plus concret que la veille. On est soi, un soi bien réel, à qui l’on souhaite longue vie et bon courage. Je suis moi, donc. Enfin je n’en doute plus. Je nage en pleine réalité. Pour de vrai. Je m’écris tel que je suis. Un sac plastique me tient compagnie. C’est tout moi, ça , le sac plastique. Avec ça, je ne triche pas. J’aurais parlé d’un Totebag, on m’aurait soupçonné. Invraisemblable ! », m’aurait dit le lecteur que je suis. Car je me connais. Plus sac plastique que Totebag. Je ne décèle pas de foi déterminée dans cette préférence. Je suis sac plastique. C’est comme ça. Une évidence qui se tient à la main. Je suis autant sac plastique que caleçon. Quoique. Peut être davantage. Etre caleçon peut parfois faire trébucher son moi, quand il se révèle mal assorti. Alors qu’avec un sac plastique,  je le répète, je me sens moi et je le dis.  Je le dis tout bas. Pas tant de quoi se vanter. Mettons, je l’écris. C’est ainsi que je ne perds pas de vue celui que je suis. Esquisse rapide. Homme,  moins de trente ans, mais pour de moins en moins longtemps, portant costume et sac plastique. Là, je mens. Le sac plastique, ça n’est plus tout à fait moi. Il ne m’appartient pas complètement. Il est de passage. Mais être moi, aujourd’hui, sans sac plastique, je ne le saurais. Car le sac plastique est l’être le plus vivant que j’ai rencontré depuis longtemps. Il m’accompagne. Je le porte, il me suit. Grâce à lui, le poids de la journée ne pèse plus sur mes épaules. Tout est là, à côté de moi, rangé dans mon sac plastique. Il  y a là tout ce que je rapporterai avec moi.

Nous deux comme roi et reine

Nous deux comme roi et reine, mon amour, ils sont à genoux, à genoux, les vois-tu, ils attendent, ils nous attendent, ils nous ont reconnus, mon amour, leur peine, comme leur peine est lourde, sauvés, sauvés, ils seront sauvés, muets de vénération, je suis celui qui monte sur la chaise, abandonnée depuis si longtemps sur leur plage déserte, celui qui harangue la mer démontée, elle se retire à mon chant, je suis le vent qui passe sur leurs joues, ils pleurent, ils pleurent de nous aimer, mon amour, nous deux comme roi et reine, nous nous sommes donnés au peuple que l’on ne voit pas, et moi qui les élève, et moi, visiteur au-delà d’eux-mêmes, avec toi, ô ma reine, je suis leur procession, je marche et eux me suivent, comme ma voix porte au loin et eux muets, muets, à m’écouter seulement, à m’écouter venir, annoncer la nouvelle, nous deux comme roi et reine, mon amour, je les guéris, je suis celui qui les pénètre et les féconde, peuple triste et assoiffé de nous, affamé de ma lumière, la nuit, dans le sommeil, j’entre par effraction dans leur âme, je vole au-dessus d’eux, peuple des abimes, peuple sans rêve, je vous apporte le rêve, je suis le destin qui vient, la révolution des abîmes, il n’y avait rien, et nous deux, comme roi et reine, mon amour, nous sommes tout, le tout est venu, les démons nous ont fui, peuple enfermé dans la gangue de la terre, je vous ai libéré, je suis votre liberté, je vous soulève, et par mon souffle, vous voilà de retour à la vie, ô, ma reine, vois comme ils sont riches de nos regards, vois comme ils reçoivent l’espérance, ils n’espéraient plus, et voilà qu’ils reçoivent notre suprême bien, peuple démonté par la misère de notre absence, peuple des marais et des caves, peuple outragé, peuple brisé, je vous ai élu comme mon royaume, et nous deux, comme roi et reine, mon amour, leur clameur est notre triomphe, ils danseront jusqu’au matin, je suis leur victoire, ils ne m’attendaient plus, et je suis venu, je suis venu car j’étais là, et ma présence est ce qu’il y a de plus beau dans leur monde, dans ce monde où l’on étouffe, nu de douleur, je déclare le bonheur, leur droit à ma vie, leur droit d’être par ce que je suis, leur chair est ma chair qui par moi nait et meurt, nous deux comme roi et reine, mon amour, ils sont mon sang, et je le ferai couler, je me baigne dans leur sang, amour innombrable, viens ma reine, et bois l’offrande de ton peuple, ce peuple qui est mien, ma créature, ma mort, mon adorable, mon feu de joie. Nous deux comme roi et reine, notre pouvoir, mon amour, sois fière, sois fière de ton peuple, c’est pour eux, pour eux seulement, que j’ai forcé les portes de la vie.