Le maître

Vous devez comprendre
Qui tient
dans la main
la balle du chien
est le maître
Il prend la voiture
Vous ne prenez pas la voiture
Il prend le train
Vous ne prenez pas le train
Il prend l’avion
Vous ne prenez pas l’avion
Il vit librement
Vous ne vivez pas librement
Il est en pleine forme
Vous n’avez pas de forme
Il appelle le numéro
Vous n’avez pas le numéro
Il souffre du dos
Vous ne souffrez pas
Il boit le café americano
Vous ne buvez pas
Il boit un peu trop
Vous ne buvez pas
Il présente ses papiers
Vous ne présentez pas
Il joue au con
Vous ne jouez pas
Il fonce tête baissée
Vous restez là
Il s’en prend une
Vous ne la prenez pas
Il salit son nom
Vous ne vous salissez pas
Il jette la balle
Vous ne la jetez pas
Vous vous mettez à courir
et si ce n’est pas vrai
S’il n’a pas lancé la balle
Vous ne courrez pas
Vous attendez la suite
Vous comprenez
Qui tient
dans la main
la balle du chien
est le maître

Quel est le plus noir

On travaille dans un quartier très commerçant
Les passages d’ouvriers sont fréquents
On recrute la personne intéressante
On recrute le salarié certifié
Tout juste sorti de de son jus on le fait de chaque côté
Il est choisi
On recrute le père
Le père qui nous manque
Celui qui nous apprend à caresser les ventres des autres ventres
Celui que ça amuse de faire rouler les trains
Le père est vraiment bien, on ne pouvait pas mieux se tromper
On peut lui donner à manger
avec les doigts quand on n’a pas peur
On peut toucher la marchandise du père
On s’entend vraiment bien avec le père
On rigole tout le temps avec le père
On est très complice
On se fait confiance pour plein de trucs
Et si on s’attache au père
La mort n’a pas d’imagination
C’est la fin du contrat
Le père fait semblant de dormir et de ne pas pleurer
Alors on le remet où on l’a trouvé
Et lui on suppose qu’il va chercher le travail ailleurs
Même si ce n’est pas vrai

On ne sait plus quoi faire

On ne sait plus quoi faire avec les êtres respirants
Le vivant leur passe à travers
ça les empêche de durcir
C’est dommage
Le vivant leur passe à travers
C’est ça qui les empêche de durcir
Ils sont réglés n’importe comment
Ils n’arrivent pas à s’autoproduire
Ils ne restent pas au-dessus de leur assiette
On peut s’en servir seulement
Dans les extrémités
On pourrait toujours chercher à les transfuser
On transfuserait le vivant dans la boîte et on fermerait tout ça
Les êtres respirants se reposeraient un peu
On pourrait presque les confondre avec les êtres non-respirants
ça leur ferait du bien, de ne pas
se fatiguer inutilement
Sans arrêt
Sans temps mort
Sans autre distraction
Ils auraient des contractures qui leur permettraient enfin d’enfanter
Enfanter du solide vraiment, du consistant vraiment, du merveilleux
Ils pourraient jouer dans l’eau, ils pourraient manger, ils pourraient mourir d’un coup
Ils auraient une couleur de route, ils partageraient notre nature bien lavée
Ils descendraient de leur échelle finale