Une déclaration

Pour écrire un poème
Si on veut bien faire
Il faut beaucoup de traits
Les traits se tracent à l’encre ou au crayon
C’est inhumain!
C’est pour ça !
Je suis lucide !
Et je fais plutôt avec les choses
Quelque chose comme un tas de planches
Me va très bien
Les planches viennent de loin
Les planches viennent d’avant
Les planches ne se souviennent de rien
Mais moi je sais
Il n’y a jamais de nulle part
Par exemple, il a fallu se débarrasser
Des écorces
Les planches sont nues comme moi
Moi aussi je suis débarrassé
Je me compare souvent à une planche
Dont j’attends le salut
Il ne vient pas, par conséquent
Je fais des tas de planches
En attendant qu’un poème prenne
Pendant ce temps,
Je ne suis pas tout seul dans les armoires
Petite Julie va à sa gymnastique
Oncle Robert ne sait pas quoi faire
Et il y a tous les autres les Simon les Vincent les Bonheur qui prennent tant de place et échangent des petits mots idiots
Toi, si tu m’envoyais de petits mots idiots
Je les mettrais dans un sac
Je me passerais de tout
Si je les mettais dans un sac
Ce que ça ferait, avec les planches
On pourrait faire une boite, tu ne crois pas
On mettrait des enfants dedans
Ou autre chose, comme tu veux.

Les pointillés

Et une chanson monte à la tête et tu ne te lèves pas encore et je tiens parole et je sors chercher le pain et je tiens la porte à la vieille dame et elle perd sa voix et la résurrection qu’est-ce qu’elle fait, elle ne sait pas, elle a tout oublié et toi m’as-tu oublié, tu dors et le ciel se couvre et les fleurs s’éloignent et je traverse la ritournelle sans faire attention et c’est dimanche et fêtes les fleurs s’éloignent davantage et on me dit pousse toi et le ciel mange ce qu’il peut et une femme porte un globe terrestre dans ses bras elle voudrait bien un peu d’argent et les rues se vident et les fenêtres s’ouvrent et les lumières tombent et tu cries et les voitures dérapent et les corps se brisent et moi je crois à la réparation du corps et je te porte dans mes bras et tu saignes et les autres fuient et je vais jusqu’à l’hôpital, tu dormais si bien pourtant rien ne présumait, les draps se froissent, tu fus ici, et on m’embrasse et me console, pendant ce temps, je voyageais, je pensais à autre chose, je te tenais la main et je marchais, ma mère m’attend au retour, elle hésite et elle dit.

Unventaire

Tout ce temps j’appelle la blessure, le sang de mon mal, j’appelle le silence, j’appelle désobéir, j’appelle le chien, j’appelle ton corps contre moi, je l’appelle amour quotidien, j’appelle comment tu t’appelles, je m’appelle, je m’appelle je ne sais plus, je m’appelle peur, j’appelle peur le corps nu, le bois de fosse, j’appelle bois ce qui me blesse, j’appelle mort le carton, la double-housse, l’absence de baiser sur le cercueil, les coupes illégales, je m’appelle jus de viande, jus de viande aussi, je m’appelle surveillant, surveillant rouge, surveillant noir je m’appelle, appelle-le qu’il vienne, mais comment déjà s’appelle-t-il, ce ne serait pas, comment dire, un corps, je l’appelle à se taire, taiseux il s’appelle, neige sur la terre, je l’appelle aberration, certificat, strict mouvement, sous surveillance, nuit, je me rappelle quand j’étais petit, je m’appelais saint, failli saint, j’appelle poètes les jetés dans les fleuves, ceux des asiles, morts en promenade dans la neige, j’appelle un chat un chat, c’est dommage, j’appelle un homme slip français, une homme un poil, j’appelle un homme pour un homme, j’appelle un homme pour un autre, j’appelle le  mur autre, l’oiseau un cri, j’appelle  un verbe d’action, j’appelle effet indésirable elle et lui, le coussin sur lequel s’écrase mon visage est une prière, je t’appelle, je suis étouffé, arrête de boire, j’en appelle à la raison, je l’appelle sens des responsabilités, j’appelle peur petite peur ou grande peur, j’appelle peur le chez soi, je m’appelle l’autoportrait nu, je m’appelle quelqu’un comme lui je m’appelle le fort et solide, tout le monde appelle la joie joie et alors Patricia cramée comme tu l’appelles j’appelle à trouver le vrai meurtrier, le sale morne, toute infraction a un coût, je m’appelle l’inconscient le pas le pas assez la femelle la salope le très très grave l’incertaine le diffus le haha le va t’en je ne t’aime plus je m’appelle ma première nécessité tout le monde parle en même temps un sifflement, je m’appelle dans tous les cas, avec toute personne, et je pleure dans un mouchoir à usage unique.

Une action

Une action
Ce qui efface la structure
Ce qui choque, apparu au plus près de l’oreille
Ce qui dessine un trait, puis un autre
Prendre la mesure, et tout faire
Des fois, on prend et on lâche
Une expérience, je suis projeté dans une situation
Une situation comme un ensemble de mots
Ces mots c’est moi en situation
Je suis une action, par l’expérience de la situation je m’en vais
Un peu plus loin
Attendre le nouveau
Le nouveau a été pillé depuis longtemps
Je comprends pourquoi alors
L’action reste stérile de ce que les mots ne disent pas,
Et il faudrait en trouver d’autres
Car ils se répètent, et l’action se répète
Il faudra dire ce que je crois.

Prophéties

HIER

Il dit. Il agit. Il est délivré. Pourquoi hier soir. Situation sérieuse. Sous-estimée. On touche ce qu’un autre peut toucher. Le chiffre reste élevé, et les directives sont claires.

AUJOURD’HUI

Viande, fête et partage
Jetez-les
On perd en jus
Un mouchoir, un éclair

DEMAIN

On va avoir un peu moins peur. Un peu moins, c’est la peur qui fait rester enseveli, personne ne réclame, juste, seulement un bruit de fond, on entend un signal, pas n’importe lequel, pas éteint, rejouer la peur, ce qui s’est passé, tout le monde se tait, fond diffus, pas tout le monde, c’est beaucoup trop de peur, poursuivre ce circuit passionnant de la peur, ne la relâchons pas maintenant que chacun d’entre nous enfin l’a attrapée chez soi. On s’était dit, on aurait tous très peur et après on passerait à une autre peur.

Une variété de légume

Sur mon échec, mâcher
Je sais sa force.

Je dois te le dire combien de fois
De fois si tu es au fond d’un trou
Que je
Que je
Suis sans espace
Rien ne se tient
Collé à ma route.

J’attends de naître
Que je voudrais
Quelque chose vienne
Et me touche encore.

Je rentrerai chez ceux
Portant mon nom pour leur dire
L’homme me voici
L’homme a mauvais fond.

On se prend pour quelqu’un
On le rêve
Bref
Vulnérable
Impérieux
Différé
A l’exclusion convoqué
Une vision derrière l’armoire.