Pas besoin d’aller au bout

Peuplement du vide par les mots
Peuplement des visages par les mots
Peuplement des images par les mots
Peuplement des mots par les mots
Peuplement de la maladie par les mots
Peuplement de mon corps par les mots, les mots m’envahissent, ils se multiplient et je me métamorphose pourquoi je mets les mots je n’ai plus rien à me mettre, le besoin des mots pas besoin d’aller au bout pas besoin d’aller au bout pas besoin d’aller jusqu’au bout pas besoin d’aller jusqu’au bout ça voudrait dire quoi j’aimerais que tu arrives à dire moi je ne parle pas puisque j’ai une bouche dis ces mots-là, absorbé à en venir à bout, on va pas se plaindre, on est servi par les mots, on s’en est servi à tel point qu’ils prolifèrent et c’est comme ça, très logiquement, qu’on en vient à finir par se taire et qu’on nous emporte sans rien dire.

La leçon

C’est lui qui conduit. Les familles restent. La maladie avance par petits bouts. Raison impérieuse. On écoute, c’est un extrait, il ne dure pas, les malades ne durent pas (discours).

Tous malades un petit peu respirer la leçon. Beaucoup sont présents. Les malades sont sous surveillance renforcée. Les malades applaudissent. Les malades saturent. Les malades ne disent plus rien. Ils n’ont pas plus d’une demi-heure, plus beaucoup de temps, le temps, leur souffle, pénurie (fiche).

Un petit peu
Plus sévère
Beaucoup plus sévère
Hausser le ton
Au mépris du respect
Comportement irresponsable (leçon).

Vous ne savez pas lire ? Vous n’avez pas de bouche ? Arrêtez la tête et les doigts ! Coupez le souffle ! (harangue)

Les malades étouffent nous sommes tous malades nous étouffons les cheveux poussent étouffez les non-essentiels, la porte la porte ferme la porte maintenant c’est dans l’air, il y aura un avant et un après on ne sait pas dire quand. Je sors brièvement moutarde biscuits lait beurre filtres croûtons compote pâte à tarte yaourts essuie-tout. Non-essentiels, restez chez vous. Comment on continue les choses personne ne se pose la question. On n’a jamais rien vu dans une maison. Les cheveux poussent et les forêts sont fermées. On a tous un rôle à jouer, merci pour les bons gestes. Tout pour se faire remarquer comment je mets mon manteau comment je respire une demi-heure dire, penser autre chose, ça ne sert à rien, ça ne sert à rien il parait de porter un masque. Leçon. Encore leçon. Leçon. Malades, irresponsables, désinvolture, légèreté irresponsable. Une demi-heure, plus qu’une demi-heure, ce n’est pas très long une demi-heure, mesures de précaution, toute forme de rassemblement, consignes beaucoup plus sévères, malades, encore malades, toujours malades. Les malades se durcissent, faites un petit peu de demi-heures en plus, s’il vous plaît, on réclame encore un peu de demi-heures. (journaux)

Son oiseau changeait sa vie
Il ne méritait pas cette fin, et de cette façon (épitaphe).

Début

En 1871, Francis Herbert Wenham inventa le simulateur de vent.
Francis Herbert Wenham crut inventer le vent. Il crut.

En 1871, Francis Herbert Wenham inventa le simulateur de vent.
Son invention a d’abord été très rudimentaire. Il a inventé des rudiments. Il a poussé
un petit souffle, le simulateur de vent a commencé petit, c’est toujours
comme ça qu’on commence, on commence petit et puis ça déraille, le vent déraille,
le vent est trop fort, le simulateur est mal réglé, je ne sais pas maîtriser mon simulateur, on fait n’importe quoi avec, je voudrais qu’il vienne
et qu’il le répare, ce  Francis Herbert Wenham, mais il est mort, je ne sais pas qui appeler, personne ne sait réparer le vent. C’est de pire en pire.

Avant Francis Herbert Wenham, il n’y eut rien du vent. Avant, il n’y eut rien du vent.
Il n’y eut pas de tempête. Par conséquent, il n’y eut pas la grande tempête de 1703, il a fallu attendre Francis Herbert Wenham pour les catastrophes. Par conséquent,
il n’y eut pas la grande tempête de 1703, il n’y eut pas mille marins morts
sur le banc de Godwin, la tempête ne toucha pas l’ouest de la Bretagne, le sud de l’Angleterre. Il n’y eut pas le vent, rien de violent ne fit s’effondrer à Londres deux mille cheminées,
quatre cents moulins, rien ne détruisit le phare d’Eddystone. Rien ne fit que
la région de New Forest perdît quatre mille chênes.

Avant Francis Herbert Wenham,
rien qui ne permit la grande tempête de 1703, car ce fut bien plus tard qu’apparut le vent,
et d’abord, d’ailleurs, de manière très rudimentaire, comme chacun sait que l’on commence. Par conséquent, la toiture de l’abbaye de Westminster ne se trouva pas soufflée,
la reine Anne ne sut pas très bien pourquoi elle devrait s’abriter
dans une cave du Palais de Saint James pour éviter l’effondrement des cheminées,
s’il n’y avait pas de vent en 1703, il n’y avait pas de raison que sept cents navires se projettent les uns contre les autres sur la Tamise.

Avant Francis Herbert Wenham, il n’y eut pas un témoin pour écrire en 1703,
« j’ai pu voir les effets du vent le long d’un corridor en me promenant à cheval »,
il n’y eut pas le vent. Le vent ne détruisit rien du navire de l’amiral Sir Cloudesley Shovell, rien du HMS Vanguard,
rien du HMS Stirling Castle, du HMS Mary, rien du HMS Northumberland,
rien de l’escorte du Hector, du Looe et du Hastings. Rien du bétail ne fut touché par le vent, ce ne fut pas que le vent l’ait épargné, mais en 1703, ils vivaient tous sans rien savoir du vent, c’était avant le vent, avant le premier simulateur,
avant Francis Herbert Wenham,
ce fut avant l’invention du vent qu’aurait dû avoir lieu la grande tempête de 1703 alors elle n’eut pas lieu. Alors, il n’y eut pas la triste mort à Wells de l’évêque Richard Kidder
et de sa femme, qui ne furent pas tués quand deux cheminées du palais épiscopal tombèrent sur eux, endormis dans le lit. Rien ne tomba, rien ne mourut avant l’invention de Francis Herbert Wenham. Rien ne mourut avant le vent. Avant Francis Herbert Wenham,
il n’y eut rien pour arracher ses amarres sur la rivière Herford.
Ils ne furent pas
dix mille à perdre la vie en 1703.

Avant, il n’y eut pas le vent. Il simula le vent. Il crut, alors il y eut le vent.