Je suis né

Je suis né. Plusieurs fois.
La première fois, j’apportai une serviette avec moi.
La deuxième fois, je promenais le chien. Ma mère n’était pas contente. Elle m’appelait le clébard. Elle aurait préféré que j’apporte une serviette.
La fois suivante, je lui dessinais la carte des promenades.
Une fois, je n’avais pas mis la table. J’ai dû revenir plus tard.
A chaque fois que j’hésitais, je naissais à nouveau. Je ne sais, de ma mère ou de moi, qui se trouvait le plus fatigué.
Une étoile me croisait. Je naissais.
Je me souviens, j’étais né un soir de juillet. Il faisait chaud.
Un jour, je suis né, et c’était déjà aujourd’hui, je n’avais rien à me mettre.
Une  nouvelle naissa.ce. Il manquait un « n ». Je recommençais.
J’étais né. J’étais né sous la forme d’une bouteille, j’avais une étiquette rouge sang collée sur le ventre, une malédiction.
A chaque fois que je naissais, je m’attendais à une fête, j’étais déçu, cela pouvait durer longtemps.
Je ne pisse pas droit, on pourrait passer une vie à naître.
Je suis né. Je suis né. Je suis né. Je ne me compte pas.
Je suis né, j’ai dit papa maman et je suis parti au travail.
Plus vieux je suis né encore, à la va vite, par-dessus cul, ma mère était déjà partie.
Je suis né, j’avais le moi triste, je suis né, toujours un truc qui n’allait pas, le jour était gris, tous se battaient dans les rues, je ne trouvais pas ma place, il pleuvait du sale, alors non, tout aurait été à refaire.
Par erreur, je suis né un jour en poule sur un mur qui picote du pain dur. J’étais et la poule, et le pain dur. J’avais mal à la tête. J’étais déjà trop vieux.
Maintenant je nais peu. Je m’ajoute ou plutôt je me retranche à mesure que je nais.
Je n’arrive plus à savoir si je suis vivant parce que je nais ou si à naître je perds mon temps. Est-on plus vivant de passer une vie à naître ?
Mon père n’a jamais achevé l’installation de train électrique qu’il me destinait pour me décider à naître. Comme je me méfiais, je ne suis pas tout à fait né.
Qui me porte dans ses bras, qui a dans la bouche une histoire pour enfants consolante, me fait naître.
Tout un peuple chante, petit garçon il est l’heure d’aller te coucher, alors je nais.
Moi, je préfère naître avant que la nuit ne vienne.
Je ne suis pas né sans mon téléphone, ce n’est pas possible.
Je mets pied à terre, j’amarre un curieux bateau, je suis né, c’est-à-dire que je suis arrivé à un port dont je ne repartirai pas. Ou alors, si je veux partir, je dois naître encore.
Je forme une tache. Non, un point bleu, ces choses-là arrivent de temps en temps. Ne pas baver.
Je suis né. Je suis né. Je suis né. J’étais des millions, des signes, des noms, à faire et quoi faire.
Je nais, je ne suis pas à l’échelle, je suis au 1 :10ème.
Le grand cheval à six têtes crie : ça ne se passe pas comme ça on ne peut naître à l’infini. Pourtant, lui, il a bien six têtes, comment a-t-il fait, on ne peut se greffer toutes ses têtes en une seule fois.
Je nais. J’achète illico un livre d’exercices. Avec des verbes.
Naître est très simple, tu marches jusqu’à ce que tu tombes.
Ça sent le brûlé. Je recommence.

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