Le livre des questions

Tu as peur ?
Tu es raté ?
Tu pleures ?

Tu as mal ?
Tu as mal quelque part ?
Tu dors ?

Tu vas bien ?
Tu crois ? Qu’est-ce que tu crois ?
Tu penses à moi ?

Tu es perdu ?
Qui est l’ennemi ?
Tu viens ?

Tu crois en moi ?
Tu aimes ? Tu aimes le moche ?
Tu aimes dessiner ?

Tu as froid ? Tu as faim ? Tu m’aimes ?

Tu as peur ?

Mes travers

Je ne parle pas très bien azéri, c’est pourquoi j’écris mes poèmes en français
Je ne parle pas très bien guatémaltèque et
Je ne parle pas – le slovaque, c’est pourquoi j’écris
Je ne parle pas le twahili, le nyltombec, le sarbulh, le didi, le jelli, le plath, le michahoux,
le tarkos, l’espital, le patabulhoux, le twahili, c’est pourquoi j’écris mes poèmes en français
Je ne comprends rien au français, c’est pourquoi j’écris des poèmes en français
Je ne parle pas très bien c’est pour ça que j’écris mes poèmes, je ne parle pas
c’est pourquoi j’écris, je ne parle c’est pourquoi je ne sais pas ce que disent les poèmes,
tout simplement parce qu’ils ne parlent pas, j’écris, c’est pourquoi ils ne parlent pas
Je ne sais pas ce que j’écris, et c’est pour ça que j’écris mes poèmes
Je parle sans pourquoi, c’est pourquoi j’écris
Je ne parle pas distinctement, c’est pourquoi j’écris le mal en français,
et mal ça me reste dans la gorge et il n y a rien dans la bouche,
prends dans la bouche, la parole a disparu
et j’écris mes poème en français comme une langue étrangère
Une langue étrangère est une langue qui n’est pas
J’écris mes poèmes en français dans une langue étrangère, pour parler à nouveau
Je me retiens loin du bambara, de l’hindi, de l’ourdou et du russe
A nouveau, c’est pourquoi j’écris des poèmes
Qu’est-ce qui vous ferait plaisir ?
J’écris, c’est pourquoi le français me manque
Je ne parle, c’est pourquoi je voudrais écrire en français
Si bien que je dois faire l’apprentissage du poème
Je ne parle pas une langue utile, c’est pourquoi
Je ne parle pas une langue ultime, c’est pourquoi
Je ne parle ke kouic, c’est pourquoi
J’aperçois les travers, je ne parle ni le phénoménal ni la scoumoune
Je fais comme je peux, c’est pourquoi j’écris, pourquoi j’écris des poèmes
J’aimerais bien, que mes poèmes, un jour, je les écrive.

Mélanges Artaud

Ma figure n’a rien du mot. Ta figure n’a plus rien des mots. Ta figure n’a rien perdu du mot. La figure ne perd rien du mot. La figure se perd de mots. La figure perdue des mots. La figure perdue par les mots. Le mot plein la figure. La figure pleine du mot. Le mot-figure. Je figure les mots. Les mots vivent ta figure. Les mots passent à travers la figure. Les mots s’habillent en figure pour dîner.  Ta figure est la banderole du mot. Ma figure exhibe le mot. Le mot dénonce ta figure. Ne me rêve pas. Il n’y a pas d’autre moi que moi.

Je suis une figure expérimentale. Expérimentée par les mots. Expérimentée de mots.

Qui tombe

Qui sait
la fatalité est passée cinéma
le pivot s’enracine.

D’abord les séquelles
l’immense majorité a choisi
le krach le vide les signaux
l’état chaotique s’il reste une chimère se réclame.

Il existe deux sortes
– contagion, implosion –
en lieu et place de la fin du cœur, ce déni
au lieu de quoi
l’histoire menace
mais ne sait pas ce qu’elle veut
faute d’avoir accepté
une obsession fétichiste
son souci premier.

La fantasia moins l’amour
a travesti la brouille.

Plus dangereuse
de glissements
vaut
la position.
L’eau
qui la ronge et qui la range
aggrave
une fiction.

La
relégation
biaise
la ligne
d’où une explosion
reprendra.

Tout a été sacrifié
au prince qui a peur.

Comme les premiers fossoyeurs
bandent au fil de l’eau
enfin seulement viendra
l’éradication.

Repeinture

le mot détresse disparait sous les couches
la repeinture
alors je me cache je ne suis pas dieu
et je suis bien en bleu et blanc
je ne suis plus si milieu que ça
j’admire le travail de repeinture
je suis toujours la même destination
mais ça va mieux de bleu de blanc
tous le droit à la magnificence
je crois que le bonheur est bleu et blanc
oui encore ma chérie repeinturlure moi
je ne me vois plus pareil
je crois que je suis tout neuf
et ça me fait du bien
c’est fou comme c’est bon la repeinture.

Monsieur Dimanche

On est en plein mois de janvier. Les sapins de Noël sont déposés contre les murs, à la décharge comme à l’exécution. A l’aide de deux morceaux de bois, un homme se penche à terre pour attraper un tout petit crâne d’animal. Dans le jardin gelé, la femme fait de la balançoire en une tenue léopard. Je rêve un buste de Néron, profil sous lumière rouge.
Comme un gros chien dont le maître manque, je me couche sur ton lit et attends. Tu es trop loin. Tu ne viens pas. Alors, je ne sais pas combien de temps je vais rester couché.

Retraite

Pour l’avenir des phrases, les mots suivant sont supprimés :

Gobelets, assiettes, cotons-tiges.
Pailles, sachets, tubes, bouteilles.
Piques à steak.
Tiges pour ballons.
Confettis, bidons de lessive.
Sachets de salade.

Il fera tout disparaître à rebours du mot Dieu, le mot milieu nous change en profondeur, il oublie tout, les choses ne laisseront pas de trace, le Gouvernement les élimine, ainsi va le mot milieu.

Tout m’est passé entre les mains, je te prépare quelque chose pour dîner quand même, si tu veux.