Extension du domaine du mal

Cette année-là, le mal avait ouvert son domaine sur des étendues insoupçonnées. Nous nous réveillions complices de ce qui avait été et nous découvrions que nous n’étions pas ce que nous croyions. Quelque chose de bas était nous. Il faudrait souffrir ce mal que nous étions depuis si longtemps, que nous nous transmettions de génération en génération comme un mauvais virus. Ne pas être conscient du mal en nous n’était pas la moindre chose que nous avions à nous reprocher. La distraction était fâcheuse.

Les mots repentis

Si j’écrivais : « on dirait une montagne ». Dire serait là, en l’occurrence, le mot milieu pour « voir quelque chose d’incertain ». Le mot milieu, je le prononce quand je ne suis plus sûr de rien, et pourtant ma bouche s’ouvre. Je suis obligé, tout a fait obligé de prendre la parole et personne ne me souffle le mot juste. Le mot milieu arrive à mon secours, un mot Dieu clé de toute chose. Le mot milieu sert à m’empêcher de crier tout de suite le mot Dieu. Qui y croirait ? On ne dirait pas le mot Dieu, voila ce que l’on croit aujourd’hui, alors on dirait plutôt une montagne, ce serait un mot comme un autre.

J’attends le médecin, celui qui documente le mot milieu, le mot milieu de la figure. Les démarcheurs font leur tournée, ils me vendent le mot tournée, je ne crois pas que je pourrai leur faire confiance. Une distance relative attestée par le papier. Combien de temps ai-je mis pour en finir avec le sentiment bouleversant?

Le mal n’a rien à voir avec le mot milieu. Le mot milieu ne veut rien faire avec le mal, rien à faire avec lui, refus clair : lui c’est lui le mal, et moi non jamais. Il n’y a jamais eu et il n’y aura jamais de mot milieu pour parler du mal en bien. Le mot milieu ne sera pas complice, on n’atténue pas le mal. On ne le dit pas, on le crie, on le hurle puis enfin on le dénonce poings levés.

Plein tarif

Les mots milieu, on les met en livre, on les met en journal, on les met sur étagère, on les met dans les coffres, alors on croit savoir qui sont les sept martyrs de Melograno, les mots milieu attrapent mon attention flottante, ils me font penser au trauriges Du, les mots milieu comme un module paradoxal qui n’autoriserait rien de l’eau et créerait pourtant le déluge, transcrire toujours les mots milieu, le mot Dieu peut-il être encore un mot milieu? Je ne sais pas.

Une forme utile

Ma maison de jeune homme
Mesquine
Primitive
D’effets très limités.
Je me conforme à mon usage
Le surrepos
Une chaise faite pour s’assoir.
Il fallait la guerre
Un endroit dessiné
S’étendre à ses désirs
Inventer une quincaillerie nouvelle.
Advienne quelque chose
Je réside dans ma capacité.

Ça va mal – version 2

Les gendarmes de la brigade locale n’ont pu récupérer que ce morceau de texte. Il faut y mettre du rose.
J’imagine un homme.
Au début ça n’avait l’air de rien, ce n’était pas bouleversant.
Il était le seul. Grand givré international, chéri chéri.
On devinait qu’il serait rude.
Tout avait la couleur d’un jeu. Danser la nuit et dormir le jour. Nous étions de mauvais chiens. Il fallait nous brûler.
On était au soir, magnifique image du mâle dominé.
Et cette femme dans ma mémoire au milieu des fleurs.
Elle prenait toute la place. Elle se trouait. Elle avait de la peine.
Vous connaissez cher ami ces pistolets qui tuent très légèrement. Ils se moquaient bien de ce que tu avais pu leur dire.
Ils n’aimaient pas.
Et je ne voulais pas être comme tout le monde.
Je suis comme Apollon qui te crachait dans la bouche.
On fait les gros câlins.
Je suis là.

Ça va mal – version 1

Les gendarmes de la brigade locale n’ont pu récupérer que ce morceau de texte. Il faut y mettre du rose.
J’imagine un homme.
Au début ça n’avait l’air de rien, ce n’était pas bouleversant.
Avant que la planète n’entre, avec ses couleurs  et ses tristesses, dans le salon, sous le regard des enfants.
Il était le seul. Grand givré international, chéri chéri.
On devinait qu’il serait rude.
Tout avait la couleur d’un jeu. Les rangées noires et luisantes des CRS. Danser la nuit et dormir le jour. Nous étions de mauvais chiens. Il fallait nous brûler. Une sorte d’émeute pour rire.
Il y avait des provinces et des saisons. Ce fut d’abord le nom d’un ministère. Une table en bois et une absence presque totale de meubles. Au journal officiel, l’accord de défense.
On était au soir, magnifique image du mâle dominé.
Et cette femme dans ma mémoire au milieu des fleurs.
Elle prenait toute la place. Elle se trouait. Elle avait de la peine.
Vous connaissez cher ami ces pistolets qui tuent très légèrement. Ils se moquaient bien de ce que tu avais pu leur dire.
La démolition ne fut pas très difficile. L’entreprise commença de bonne heure. Existait-elle vraiment ? On était mort, mais sans rancune.
Ils n’aimaient pas.
Et je ne voulais pas être comme tout le monde.
Parce qu’il y a une demande, parce qu’il y a un public, parce qu’il y a un peuple.
Je suis comme Apollon qui te crachait dans la bouche.
On fait les gros câlins.
Je suis là.

Mes faits de langue

On n’entend pas nos voix.
Où va le système où il a envie d’aller ?
Ce qui serait honnête, ce serait de raconter l’histoire des mots en commençant par le mot milieu.
Lui sait ce que donnent les phénomènes irréguliers.
La langue moyenne et ses canaux diplomatiques nous diraient les causes de l’interdit, de l’accident, de la honte.
Je crois en un Dieu qui chante les causes, avec toutes les ressources linguistiques disponibles.
Le mot milieu serait celui là, le mot Dieu qui chantonnerait tout ça en sourdine.