Variations

Le mot milieu ne suffit pas. C’est la peau qu’il me faut. Comment dis-tu le « aimez moi » ? Mon nom est dans tes livres. Écoute ça, l’une des plus belles rumbas du moment, dérèglements aimés.

Une courte apparition, les mains se mettent à saigner. Jamais assez de souffrance dans les mots. Le mot milieu ne saigne pas et moi je voudrais bien que les mots saignent, vous en auriez partout dans mes livres. Mes contenus ne respectent pas les standards de la communauté.

Parmi les mots douteux, je recense prier, c’est un verbe qui se prend un peu trop pour acquiescer, je trouve. Prier qui ? Prier le mur ? Et puis tant qu’on y serait, on y rajouterait du dieu là-dedans, le mot dieu, prié comme si c’était lui, comme si je pouvais les confondre tous les deux, dieu et son mot, dieu et le mot. Je n’ai jamais pu m’habituer à ma mort, je ne vois pas pourquoi ça changerait.

Les mots murmurant dans les armoires je voudrais les délivrer. Je voudrais les prendre et les soulever. Qu’ils se soulèvent, les mots à ne rien faire.

Inauguration

Toutes les règles qu’il faut apprendre pour marcher. La méthode. L’équilibre. On n’y arrivera jamais. Je ne serai pas capable de décrire ma construction. Il y aurait un chemin dans la montagne. Ce serait le fruit de la négligence, et donc de l’étude.

De grands arbres

Si le mot milieu disait de grands arbres, on n’y verrait pas beaucoup plus clair. Grands comment, plus grands que moi, plus grands que celui du jardin ? Le mot milieu ne dit rien, et c’est mieux comme ça, si ça ne nous dit rien, c’est qu’on est libre de penser ce qu’on veut, la langue rien, ce devrait être la langue à aimer, si jamais la liberté était celle qu’on préférait.

Des mots qui tuent

On aurait donné à chaque mot un objectif, celui de dire quelque chose. Il y aurait des mots qui tuent. Ils compteraient vraiment ceux-là, car comment dire la violence si le mot n’a pas la même violence. Ils seraient d’un bleu très clair. Ils aideraient à prendre conscience. Nommer ferait un peu mal, nommer mal serait le mieux, les mots gagneraient à viser large. L’essentiel serait dans l’effet qu’ils rendent.