Une certaine aisance

Lorsque l’on est pressé de rejoindre la gare, et que l’on double le pas rue Henri Barbusse, cette rue de pacifiste d’un autre temps, on ne prête pas attention aux gens que l’on dépasse sur le trottoir, que l’on regarde à seule fin de mieux les éviter. Cette fois pourtant, pour la première fois, un homme m’emboite le pas, il ne me suit pas, ce qui ne serait pas si inquiétant, non, étonnamment, au moment d’être dépassé, il règle sa marche sur la mienne et nous voilà côte à côte, à avancer ensemble, comme deux ne faisant qu’un. Il commence à me parler, me félicite de mon beau pas. Il est grand, noir, beau avec chapeau et lunettes fines. Il aurait l’âge de mon père. Je me surprends à accorder ma marche à la sienne, à prendre garde à son rythme à lui aussi, je ne dois plus accélérer, je ne peux pas, il m’a parlé, nous sommes en conversation et je ne dois plus lui échapper. Si je ralentissais, je le trahirais aussi car son pas est mon pas. C’est étrange, je ne le connais pas, et je suis désormais privé d’être seul, j’ai trouvé mon ombre en quelque sorte, moi qui pensais pouvoir m’accommoder d’être unique, me voilà deux, et privé de moi-même.

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