Maintenance des escaliers mécaniques

Si par inadvertance, et pour leur malheur, on me confiait la maintenance des escaliers mécaniques, je découvrirais sous la trappe une plaque de tôle. Sur la plaque, il y aurait inscrit cette mention : « tôle non porteuse », et je comprendrais alors ma vanité. Est solide ce que l’on ne sait pas lire. Les apparences ne savent porter nos pas. Avance, toi, d’abord, avec ta respiration de voyante, je te suis.

Il me semble qu’il y avait le mot plage

Figurant, tête rase de bagnard,
Animal empaillé,
En mots qui est-tu ?
Il me semble qu’il y avait le mot plage,
Il me semble que tu étais le mot plage,
Etoffe plissée, qui ondule en paroi concave,
Un rose sur le motif vert,
Quelque part, mais où ?
Morts pendant la guerre,
Enterrés en Suisse,
Les mots tournent,
Il me semble
Qu’il y avait une brèche.

L’atelier par force brute

A chacun de mes voyages, j’enregistre le son des tempêtes et des orages, je prends le micro et je capte le tollé inimaginable de l’eau et du vent. J’écoute à mon retour leurs tourbillons dans la chambre vide.  Un écho de ce que je suis, une prise d’air, une ampleur insupportable. Le sang terrible cogne les murs et je m’effondre, rien ne me retient plus.  J’entre dans ma saison des ouragans.

Une certaine aisance

Lorsque l’on est pressé de rejoindre la gare, et que l’on double le pas rue Henri Barbusse, cette rue de pacifiste d’un autre temps, on ne prête pas attention aux gens que l’on dépasse sur le trottoir, que l’on regarde à seule fin de mieux les éviter. Cette fois pourtant, pour la première fois, un homme m’emboite le pas, il ne me suit pas, ce qui ne serait pas si inquiétant, non, étonnamment, au moment d’être dépassé, il règle sa marche sur la mienne et nous voilà côte à côte, à avancer ensemble, comme deux ne faisant qu’un. Il commence à me parler, me félicite de mon beau pas. Il est grand, noir, beau avec chapeau et lunettes fines. Il aurait l’âge de mon père. Je me surprends à accorder ma marche à la sienne, à prendre garde à son rythme à lui aussi, je ne dois plus accélérer, je ne peux pas, il m’a parlé, nous sommes en conversation et je ne dois plus lui échapper. Si je ralentissais, je le trahirais aussi car son pas est mon pas. C’est étrange, je ne le connais pas, et je suis désormais privé d’être seul, j’ai trouvé mon ombre en quelque sorte, moi qui pensais pouvoir m’accommoder d’être unique, me voilà deux, et privé de moi-même.