L’atelier des poètes

Nous refusons
Aux embryons
Le couvoir
L’algorithme
Au dernier tiers
Du développement
Nous abat.

Nous avons à peine
Entaillé entamé
L’Australie
Nous nous expulsons
Nouveau-nés
Loin de nous.

Nous maltraitons
Les phylactères hématomes
Un bout de camp puis
S’en va.

Nous mâchons du papier
Dignes fils de nos pères
Les cocottes tuent le temps
Nous nous étourdissons
En rebuts.

Nos poèmes nous
Tuent
Et
Nous mettons à mort
Nos poèmes.

La fausse fourrure

La cérémonie se répète chaque jour. Sans crier gare, il pénètre la chambrée. Les autres me regardent. A l’appel de mon nom, l’officier d’état civil me débaptise, me renomme, me déforme. Il ignore mon garde-à-vous impeccable, au pied de la Lettre. Il dépouille la peau-même. Une nouvelle fois, je suis nu et vierge de moi. L’officier éventre alors mon nom de qui. Dépeçage, l’hier sera abandonné dans un fossé, anonyme. L’officier m’implante un nom au cœur de pierre, un nom à faire pleurer, un nom de quoi. Une écorchure, aujourd’hui.

Formes admirables

Blancheur du drap rude. Odeur de lis. Que mon corps sombre est désirable! Est-il sombre? Est-ce mon corps? Une tache de sperme aux formes admirables.

Allons Poète! Ne me regardez pas ainsi : je ne suis pas aussi vicieuse que j’essaie de le paraître. C’est un mauvais genre que je me donne, voilà tout.

Claude Cahun : vraiment?