Une homme range sa chambre

C’est, si je me souviens bien, vers l’âge de quarante-cinq ans que je commençais à ranger ma chambre.  Je regardais au plus près de moi et je dus convenir que j’avais laissé le désordre s’installer. Les piles de documents ne tenaient plus droit. Le papier était devenu dérangeant. Je ne savais plus où poser les pieds. Par moments, mon équilibre était menacé. J’adoptais donc la seule méthode de rangement que je connaissais. J’entassais le papier dans de grands cartons en attendant que quelqu’un veuille bien les enlever. J’avais abusé de tous les aide-mémoire possibles, le peuple de la mémoire avait envahi ma chambre, il fallait, oui, que je me débarrasse de ces papiers. Quand j’exhumais le plancher de ma chambre, comme on découvre à force de patience une cache ancienne, je me fis une réflexion dérangeante. Je remarquais alors que ma chambre n’avait pas de lit. Et je fus surpris de constater que ce lit ne m’avait pas manqué. Il était absent depuis si longtemps que j’avais perdu le sommeil sous une latte de bois. Dans le vide qui m’entourait, je voulus prendre une décision. J’esquissais le projet d’acheter le lit dont je m’étais privé. Mais je dus bientôt me rendre à l’évidence. Ma chambre était trop petite pour un tel investissement. Je renonçai.

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