La donna è mobile

Il n’y a plus de trains couchettes. Presque plus. Si bien que je pensais, mon amour, que j’en aurais bientôt, très bientôt, fini avec ces traversées de nuit verticales. Je nous voudrais à même horizon tous les deux. Je ne peux t’aimer bien si je sens ta présence seulement d’en-dessous, moi trop près du sol, toi trop en l’air. Ne jamais pouvoir te toucher, ne jamais, à travers la couchette, sentir ta respiration. Elle s’échappe au plafond et jamais ne retombe sur ma terre.

Mais voilà, comme dit la chanson, mais voilà. La donna è mobile. Pourquoi les femmes s’accrochent-elles au plafond, comme un mobile enfantin, comme une araignée joueuse ? Le lit de la femme n’est jamais à hauteur d’homme, comme une malédiction. Là où tu dors : j’ai vu le lit accroché en plein ciel, le lit d’une croqueuse de nuages, peut-être. Je regarde ton lit au-dessus de mon nez. L’image d’un amour impossible, drôle de vice, ou au contraire morale contraire de la femme là-haut et de l’homme si bas. Tu sommeilles dans les hauteurs, je dors sur l’herbe fraiche de la nuit, homme à terre, pas d’autre souffle de toi que le vent, pas d’autre désir mouillé que la pluie ou les embruns de la mer si proche. Même sur la pointe des pieds, même en grimpant dans les arbres, tu resteras hors de moi, plume au vent. Décidément, une peau d’homme est de trop faible portée.

« La lumière de la lune ne te dérange pas ? Dors-tu ? » Ta voix en rêve. Est-ce assez ?

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