La chasse aux têtes

Tu as vu, me dis-tu, il y a encore des hommes qui refusent de passer leurs congés au camping ! Tu me montres un drôle de prospectus, une page de catalogue, j’ai oublié le nom de l’agence de voyages : des vacances réservées aux hommes. Une chasse aux têtes dans les Iles Salomon. Sensations fortes garanties. Tu m’expliques. Des ethnologues racontent que la chasse aux têtes serait pour les hommes une compensation à leur triste absence de menstruation. Faute de clitoris, eux ne saigneraient pas et devraient aller chercher le sang ailleurs qu’en eux-mêmes. Fracasser le crâne de l’autre, ce serait s’ensanglanter, et devenir ainsi l’égal de la femme. Une consolation.

On ne sait plus quoi inventer pour s’évader hors de soi, quand on est un homme en vacances…A quoi servent les congés payés ! A quoi tient la malédiction des rixes et de la guerre ! Il est vrai que le sang est une humeur particulière, alors on fait un petit tour, après une longue nuit d’avion, puis on rentre la tête pleine et rouge de sa chasse.

Moi, dis-je, mon sexe n’est pas chasseur, je dois avouer une préférence pour la cueillette. Comme le retour des saisons, j’aime le cycle du sang, lune après lune, la blessure qui  sait si bien s’ouvrir et se refermer, c’est qu’il y a de la vie, que tu es là, et que tu m’offres un sang d’or. Je ne crois pas aux vacances hors de la vie, hors du temps, je me ferais un sang d’encre de toutes ces têtes, si tu n’étais pas là.

C’est normal, me réponds-tu, toi, tu as le sexe massu, tu es mon saint subi. Tu n’as pas besoin de l’accessoire du voyage lointain, tu es déjà initié au mystère des deux sexes, regarde ta queue, elle est l’homme et la femme à la fois, elle est un gigantesque clitoris en érection. Quand elle s’y met, elle est comme ma grande sœur. Regarde, on dirait que ton bas est mon corps de femme, le haut ta bouche, comme un tête-bêche amoureusement soudé.

On ne dira jamais assez combien l’imagination nous sauve, comment elle veille sur l’industrie du camping et nous évite, à nous les hommes de paix et d’amour, les Iles Salomon pour les vacances. Je suis sûr en plus que là-bas, il y a des moustiques.

Tout ceci ne dit pas ce que l’on enverra aux amis cet été, comme carte postale, tu ne crois pas qu’ils vont se lasser de ma queue ?

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