L’auto-tamponneuse

Excédé par la violence, tu remises la numéro neuf. Pour l’amour, tu pensais à autre chose. Les femmes acculées en coin de piste, manœuvrées par la bagnole, elles ont menti. Corniaud, tu pensais être l’as du volant, elles étaient plus fines, c’est elles qui t’ont attiré en souricière. Après la poursuite, sans penser à pourquoi, on se tape le caoutchouc, on se projette en l’air, heurt frénétique, au son d’une musique dépareillée de dance floor, le fanion rouge automobile s’agite, et puis rien, et puis ça repart pour un tour. Tu comprends mieux comment ceci a pu tout entier être béni par le patronage.

Et pourtant, quand tu y penses, même au centre du village, même devant Maman, c’est un peu étrange, non, tous ces mecs et toutes ces nanas qui matent des accidents avidement recherchés. Suspect même. Personne n’est dupe. Chacun sait bien expliquer qu’on va rarement tamponner de face, voir le visage de l’autre, si proche, crier sa peur et son plaisir, et que l’on préfère prendre la voiture de l’autre par derrière. Comme c’est étrange, cette brutalité de la prise par le choc arrière. Pourtant, tout le monde aime cela, toi aussi tu as aimé cela, il y a ce grand son de surprise, le fort rebond puis quelques instants avant de reprendre le volant, bord contre bord, ensemble rester sur place.

Tous les vices sont dans la foire, penses-tu, les voyeurs qui regardent les tape-culs, et puis ces équipages qui se tamponnent en couple. Deux hommes au volant cherchent deux femmes en chasse arrière. Se mettre à deux pour trouver du plaisir à quatre. Où voit-on cela ailleurs que sur ces pistes foraines ? Là, aussi, cette voiture trop petite pour lui, si énorme, qui part tamponner une femme minuscule, comme écrasée par le choc sous projecteurs tournoyants. Les plaisirs tournent la tête, c’est à qui tamponnera le plus ces après-midi de vacances, qui en perdra la voix, on sort fatigué d’avoir oublié sa vertu, et pourtant, que s’est-il passé ? A part ce mal à la nuque, aucun souvenir.

Homme sans casque, tu l’invites elle, qui a si peur de monter en voiture. Un grand lit, ce n’est pas une piste, plutôt une permanence. Tu la mordras dans le temps. Toujours imaginer autre chose.

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