Toi qui rêve la nuit de tentacules

Ce soir, tu as très faim, ça se sent, tu n’arrêtes pas de m’embrasser dans le cou. Je te dis, « ma chérie, je vais te cuisiner ma célèbre salade de poulpe », citron, huile d’olive. Je nous arrête à la poissonnerie, marché aux fruits de mer. Je demande au vendeur sa plus belle bête, je lui fais un clin d’œil en te montrant et je fais : « c’est pour Madame ». « Ah, si c’est pour Madame », dit-il, j’ai une pieuvre bien sous tous rapports, lourde et agrippante, des bras longs et vigoureux, des ventouses qui ne vous lâchent plus ». Il se marre. Il ne sait pas pourquoi, pas vraiment. Moi si. Tu prends une voix gourmande, et, comme si de rien n’était, tu demandes, « elles pincent vos langoustines ?». Je réponds à la place du vendeur « bien sûr qu’elles pincent, mettez-nous en deux pour chaque sein, avec un petit élastique pour ne pas blesser les pinces ». On rit tous, que j’aime faire les courses avec toi.

Je paye, fini de rire, sac plastique à l’air de la mer, on rentre à l’appartement. A la maison, tu prends ton air innocent en m’interrogeant : « comment cuisines-tu les octopus, dis-moi ?». Je te réponds en te priant de m’apporter l’huile d’olive puis de te déshabiller sur le lit. « On va encore saloper les draps », remarques-tu d’un air résigné.

Allongée sur le dos, tu vois arriver notre produit de la pêche. Chaque langoustine, par ses deux paires de pinces, agrippe solidement un têton. Puis je sors le poulpe du sac plastique, je le pose entre tes deux seins, sur ton corps nu. Tu pousses un petit cri, surprise ou plaisir, chair froide et visqueuse, cela te change d’une peau d’homme. Rassure-toi, celle-ci n’est jamais loin. Je commence à prendre chaque tentacule dans la main pour les déployer sur ton corps, en étoile, huit tentacules prennent possession du nombril, des épaules, du haut des hanches, de ton menton. J’enroule deux tentacules autour de tes seins, comme deux rouleaux magnifiques, j’aimerais parfois aussi pouvoir rouler et dérouler mon sexe…

Bien sûr, gourmande comme tu es, tu veux goûter. Alors j’introduis le tentacule septentrional dans ta bouche, comme si les ventouses voulaient se coller à ta langue. Je t’interdis de mâchonner. Puis, comme je sais que tu aimes la cuisine de contraste, je m’amuse à mettre dans ta bouche, tantôt une ventouse, tantôt mon sexe dur. Une sorte de dégustation à l’aveugle…

Puis je joue à déplacer les bras de la pieuvre, à la faire glisser, assez logiquement, vers ton sexe lisse comme une créature marine. Un tentacule s’enroule autour de ton bouton. Comme tu sais très bien que, sortie de l’eau, la pieuvre est maladroite, tu l’aides de ton mieux avec tes doigts, tu en pousses de grands soupirs, par vagues. Comme tu es d’humeur poissonnière, ce soir…

Et puis, tu n’y tiens plus, tu le veux, cet accouplement avec la pieuvre, huit tentacules pour te prendre. Tu en rêves, tu le cries, tu me récites tes cours d’histoire naturelle, « tu te rends compte, chez le poulpe, des poches de sperme sont acheminées par un siphon vers une gouttière jusqu’à mon sexe, quel bonheur, quel transport ! ».

Cette guirlande molle de tentacules, il faut bien que je l’aide, moi, hardi capitaine. Alors, j’enroule un tentacule autour de mon sexe, et comme je suis sensible à la rime, je m’introduis dans l’abysse du derrière, gaiement, avec notre produit du marché, et l’huile d’olive de la salade. Je ne sais pas pourquoi, tu deviens marée, tu t’agites et la mer monte dangereusement sur le lit, tandis que ma pluie d’orage gicle jusqu’à tes grands fonds. Si j’avais su que tu viendrais aussi vite, je t’aurais attaché les bras avec les tentacules, mon amour.

Tu étais chaude comme la braise, la pieuvre, je vais la passer à l’eau bouillante pour la calmer.

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