A Mademoiselle Moulton

A Mademoiselle Moulton (Dinard, Poste restante)

Mademoiselle, j’ai pleuré toutes mes larmes de chien à la lecture de votre arrêté sur l’élevage, la garde et la détention d’animaux. Avec ma petite bite rouge, j’ai longtemps rêvé, quand vous passiez la main sur moi, qu’un jour, vous viendriez à me comprendre. Et là, aujourd’hui, vous méprisez les soins attentifs auxquels j’ai tant et tant aspiré. Pas de mauvais traitement ? Interdit de privations ? Absence de situation inappropriée ? Strict encadrement des dispositifs d’attache ou de contention ainsi que des clôtures, des cages ? Je ne comprends pas ce que chien veut dire pour vous. Nous ne parlons pas la même langue, vraiment.

J’ai jappé lorsqu’à mon cou, vous avez passé ce collier de lourd métal gravé à mon nom, Bruce, avec la sobre mention de ma maîtresse, Mademoiselle Moulton, Dinard. Bien sûr, vous êtes restée à distance des accessoires d’élégance canine. Je ne suis pas le bichon du grand maître de l’ordre de Malte, pour porter les armes, ou le chien de compagnie de la comtesse de Beaufort, de la vicomtesse de Saint Christophe, pour avoir droit aux reflets dorés. Mais tant qu’à avoir un collier rustique, j’aurais voulu avoir ce collier hérissé de piques et de clous dont on équipe le mâtin pour la chasse aux sangliers. J’aurais frétillé de la queue si vous m’aviez lancé au milieu des bêtes sauvages. Hélas, vous auriez pu me laisser faire au moins le berger napolitain qui course les brebis ! Et puis rien.

bruce2

Je m’emmerde. Je suis un chien sous-employé, sous-dressé, sous-humilié, sucré, fanfreluché, sorti pour aller à la plage avec laisse ridicule, je ne salive même pas de trop de chaleurs, de trop de chiennes, de trop de sauvagerie. Je frotte ma bite à des femelles caniches, là où j’aurais voulu que l’on m’oblige à saillir à la chaîne, le tout et le rien, de la femelle rugueuse et rétive, de la jument nerveuse aussi, pourquoi pas.

J’ai le poil lustré par la brosse trop tendre, aucune ecchymose, on pourrait me poser sur la cheminée comme une porcelaine, je suis un être translucide qui ne reflète rien dans le miroir. Est-ce ainsi que les chiens vivent ?

Abandonnez-moi,

 Bruce

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