Qui es-tu?

Toi, avec ta sagesse féminine, tu parles clair, tu as des idées bien arrêtées sur les hommes. Professeur de biologie sur ton estrade, tu définirais ainsi la différence entre cette autre moitié de l’humanité et les poulets en batterie. « Moi, les hommes, je les aime à l’air libre ! ». Tu narguerais Freud à l’université et moquerais cette drague, « tout ça pour qu’ils s’enfouissent en mon giron, ces salauds, comme de drôles de crapauds ! ». Tu serais femme de plateau télé, et tu t’emporterais contre ces ambitions de nains, ces rêves de clowns. « Enfin, tout de même, est-ce une vie que de s’enfoncer dans l’obscurité, tourner en rond dans le ventre de la baleine, comme Gepetto sur sa misérable barque, sans lumière ni soleil ? ».

« Après tout, les hommes sont des femmes comme les autres. Viens, sortons ! ».

Je t’accompagne dans le pays de toi. Bien sûr, c’est très différent de tout ce que j’ai pu connaître. Chez toi, je suis un arbre, qui pousse haut vers le ciel, bien droit.
« Droit, tiens-toi droit », me dis-tu, en ondulant sans cesse. Je suis un arbre de la forêt équatoriale, un arbre de la brousse. Je me fais penser à un okoumé, tu sais, cet arbre du Gabon, si bien planté. Il faudra que tu fasses mon portrait en arbre, un jour.

« Oui, c’est moi qui ferai ton portrait, sur les affiches des couloirs du métro, en plein bois bucheronné, en plaqué contre-plaqué rentré de notre voyage ».

Tu te moques.

Toi, tu dis avec autorité, avec une longue langue rouge, brillante, comme une fourche élancée : « L’important, ce n’est pas l’arbre, ce sont tes oiseaux ». Et tu me verrais bien lâcher une nuée d’oiseaux, gais, insouciants, de toutes les couleurs, de mon sommet qui pourrait toucher aux nuages, s’il y en avait dans ce pays d’aujourd’hui. Tu voudrais que mes jets de foutre dessinent un vol à tire d’aile. «Mais, ces gouttes de sperme blanchâtre, cela ne va pas à nos tons exotiques ! » Tu t’improviserais bien peintre, à mélanger ma gouache aux couleurs de ta palette. Tu voudrais que tout cela soit joyeux. Tu voudrais confier mon cas à ces teinturiers prodiges, qu’ils brassent ma pâleur translucide dans leurs grands bacs.

Avec ta gueule d’écailles, fine, allongée, ouverte, tu appelles à toi ces gouttes multicolores. Elles viennent comme des oiseaux dociles, sans que tu t’y prennes, me semble-t-il, à la manière de Saint François. Peints et repeints, mes oiseaux ont la beauté du plaisir. Ils rejoignent sans se faire prier le fond de ta gorge serpentine (« spermentine », dis-tu parfois).

On n’enviera jamais assez le sort des oiseaux, nous les arbres hauts des tropiques, immobiles, simples nourrices des femmes serpents.

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