Chèque emploi service

Demain, dès l’aube, je sonnerai à la porte de cette drôle de maison. Comme chaque matin. Les enfants m’ouvriront. Fabie me fera la bise. Lucas racontera, une nouvelle fois, le match de foot qu’il remportera, un jour. Lui sortira de la chambre à coucher, en retard, débraillé, très mâle, le sexe dressé, un chef d’œuvre, un petit déjeuner copieux.
« Salut, ça va ? »
« Ça va. »
« Je te laisse, j’emmène les enfants à l’école. On te laisse. On vous laisse. »
Avec elle. Elle, elle a le temps. Déjà enfilé son pantalon tailleur. Démarre toutefois plus tard sa journée. Il est huit heures. Je descends donc au garage. Ma prise de poste. Je me saisis de la cravache familiale. Et remonte les escaliers. Elle me dit, n’oublie pas, le linge, l’aspirateur, les poubelles. Elle baisse son pantalon tailleur. Se débarrasse de sa dentelle du dessous. Prends une drôle de pose sur le canapé du salon. Vraiment, une drôle de pose.
« Vas-y ».
Je cravache. Doucement. J’ai peur de lui faire mal. J’ai beau le faire chaque jour, je ne suis pas fait pour cela, pas formé pour cela, pas payé pour cela. Ce n’est pas dans ma fiche de poste. Je ne suis pas un monstre, un bourreau !
« Plus fort, vas-y ! »
Elle a un cul de porcelaine. La porcelaine, ce n’est pas si fragile, au fond.
Elle avait un cul de porcelaine.
Il y a ces rectangles rouges qui s’impriment, comme des coups de tampon sur les mains, quand j’allais en boîte de nuit. Je tamponne dur. Des coups de tampon, il y en a pour des nuits et de nuits en boîte de nuit. Finirait par m’emmêler dans les dates, moi. Cuisson de la porcelaine. Tout cela est rouge. Carmin, vermillon, écarlate, violacé ? Je ne sais pas. Je n’ai jamais appris les couleurs. Je ne suis pas peintre moi. L’homme est une femme de ménage comme les autres.
Drôles de sifflements, aussi. Bruits mats quand cela frappe. Je n’arrive pas à m’y habituer. Moins doux que l’aspirateur. Moins rassurant que le lave-vaisselle, piscine à vagues, que les coups contre le mur de la machine à laver.
« Frappe, frappe ! Encore ! »
Je frappe. Encore.
L’alarme du téléphone sonne. En mode vibreur. Huit heures et demie. Elle doit aller au travail. Elle, car moi, je suis déjà à mon poste. Elle remonte la dentelle, le pantalon tailleur, ajuste tout cela. Elle est prête, comme chaque matin. Moi, je vais ranger la cravache dans le garage. Ce soir, il y a poney pour les enfants.
Ça te va, un chèque emploi service ?
Ça me va.
Oui, je prendrai soin du linge.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s