T’as un p’tit creux qui m’donne faim.

T’as un p’tit creux qui m’donne faim. Creux des reins. Tu me dis, « je suis ton Sahara », tu me dis, « tu sais, réjouis-toi, voyageur, de dune en dune, parfois, tu tombes, épuisé, sur une aire de repos. Une guelta, à l’abri du vent, du sable, du soleil. Repose-toi, tu es arrivé dans un petit paradis. Il t’attend depuis si longtemps. Sors ta langue, désaltère-toi. Cet endroit-là, il a été préservé des rayons du désert, le sol est d’une douceur de satin, l’air est tempéré, l’humidité agréable ». Le coup de peau, quoi. Tu m’enseignes, allongée sur les draps, que les gueltas, c’est l’eden de ton voyageur, le refuge des oiseaux aussi, le nid d’espèces rares, graines de pin d’Alep, lieu idéal pour planter sa tente maure. Je croque une ou deux figues barbares, faut dire, avec tout cela, avec l’exploration de ton Ouadane Chinguetti Atar, tu m’as donné de l’appétit. Tandis que je m’aventure dans ton p’tit creux, tu me fais, sans bouger, l’air de rien, « on y trouve encore des crocodiles, sauriens des temps anciens. Dans les gueltas. » Alors, moi, dans ton p’tit creux, je me fais plus prudent. Pinces à seins, à museaux de crocodile, passe encore, à condition de ne pas se meurtrir les doigts. Mais, aucune envie de te faire l’amour en crocodile dundee, aucune panoplie d’acteur australien. Reste immobile pour ne pas réveiller la bête qui tuerait ton amant, annihilerait notre tentation. T’attache, pour que tout soit paisible, presque endormi, pour des siècles et des siècles d’explorations, de caravanes, amen.
On attend la pluie qui viendra, qui ressusciterait ta rose de Jéricho. Celle-là, elle reste cachée, dans les plis de tes rochers, avec ses dessins préhistoriques, héritage des premiers hommes, de la première femme. Je verse dans le p’tit creux une ou deux gouttes de cire chaude, larmes de celui qui ne sait pas si, un jour, la nature reverdira, au Sahara. Après tout, est-ce si grave, les tons ocres, rosés, de ta peau sont si beaux au soleil couchant.
Toi, tu es aussi le vent du Ponant qui souffle en cette saison sur le sable. Tu murmures, « fais rider cette eau, dans le petit creux, amène la vie par quelque vague, du désir, oui ». Moi, je sais le pouvoir des ondes, je sais qu’un son, une vibration au loin, parcoure les immenses distances de ton corps, qu’un galop du sud, par exemple, pourrait faire frémir les roseaux des marécages. Je m’applique avec mon p’tit fouet à dromadaire, p’tit fouet d’homme bleu, à créer sur tes fesses le tempo qui enroule, qui part du bas des fesses pour parler à tes reins. Et le p’tit creux ondule, naturellement. Fesses et reins se répondent, en décalé, communication peau de yaourt, où te parler en bas suffit pour que le haut lui réponde.
Prendrai bien une photo fesses et reins. Pittoresque. Soirée diapo, ensuite, avec les amis. Vacances de la vie. C’est Dieu alors, qui parle en toi, et me dit, « fais pas ton touriste, tu sais bien que le paradis, l’éternité, ça ne se représente pas. Toujours flou, toujours raté. Tais-toi, Paul Bowles, n’écris pas, vis plutôt ».
Je ne dis plus rien.

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